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La THÉBAÏDE

HOMMAGE à
ALEXANDRE Isaïevitch SOLJENITSYNE

Alexandre Isaïevitch SOLJENITSYNE naquit en 1918 à Kislodovdk dans le Caucase. Il passa son enfance et sa jeunesse à Rostov-sur-le-Don, fit des études supérieures de mathématiques et physique à la Faculté de Moscou et suivit des cours par correspondance d’histoire, philosophie et littérature.
Lorsque la seconde guerre mondiale éclata, il fut affecté comme soldat dans la cavalerie, puis officier dans l’artillerie. Nommé capitaine dans l’Armée Rouge, il fut plusieurs fois décoré pour sa bravoure. Il avait combattu sur le front d’Orel, en Biélorussie, en Prusse Orientale et à Leningrad…
Il fut arrêté, en janvier 1945, car dans une correspondance privée il avait émis des doutes sur les qualités militaires de Staline. Il fut condamné, sans jugement, à huit ans de déportation dans un camp de travail. A Karaganda, Alexandre Soljenitsyne devient le détenu N° 232 ! Il fut utilisé comme maçon. Au sortir du camp, en 1953, il fut relégué pour trois ans dans un village du Kazakhstan.
Son dossier d’accusation fut réexaminé par le Tribunal Suprême en 1957. Alexandre Soljenitsyne assura seul sa défense en lisant le manuscrit d’« Une journée d’Ivan Denissovitch ». Il fut réhabilité (1957).
Enfin libre, il choisit d’exercer comme professeur de physique à Riazan (sud-est de Moscou) et se lança dans l’écriture. « Une journée d’Ivan Denissovitch » fut publié dans la revue soviétique « Novi Mir », en 1962.
Encouragé par cette publication, il édite « La maison de Matriona », un recueil de nouvelles, en 1963. « Le pavillon des cancéreux » écrit de 1963 à 1967, rejeté par la censure, est refusé par les éditeurs soviétiques. Il parvient à l’envoyer en France où il est remarqué. Il recevra le Prix du meilleur livre étranger, en 1968. Ses travaux sont surveillés. Récits, pièces de théâtre, scénario de film sont systématiquement refusés. Découragé, Soljenitsyne adresse, le 16 mai 1967, une lettre au Quatrième Congrès de l’Union des Ecrivains Soviétiques, dans laquelle il affirme :
« Avec sérénité, je peux dire que j’accomplirai ma mission d’écrivain en toutes circonstances, et même dans la tombe, car alors mon action sera encore plus forte et plus indiscutable que moi vivant. Personne ne peut barrer les voies de la vérité, et pour le progrès de la vérité, je suis prêt à accepter la mort. Mais peut-être de trop nombreuses leçons nous apprendront enfin à ne pas arrêter la plume d’un écrivain encore vivant. »

Son premier roman « Le premier cercle », écrit en 1959, est confisqué. Edité en France, il reçoit le Prix du meilleur livre étranger en 1968. Des textes rassemblés sous le titre « Zacharie l’Escarcelle » sont publiés en 1971, en France. « Août 1914 » paraît, en russe, à Paris, en octobre 1971. Suivront les trois tomes de « L’Archipel du Goulag » ; « Le chêne et le veau » (1975) ; « Flamme au vent » ; « Les droits de l’écrivain » ; « Le déclin du courage » (1978) ; « L’erreur de l’Occident » ; « Des voix sous les décombres » (1975) ; « Les invisibles » ; « La roue rouge » ; « La Russie sous l’avalanche » ; « Esquisses d’exil », etc.
Alexandre Soljenitsyne obtient le Prix Nobel de littérature en 1970. Il refuse d’aller le chercher en Suède de peur de ne pouvoir rentrer en Russie. Brejnev en réaction le prive de sa nationalité. Soljenitsyne reçoit son prix en décembre 1974 à Stockholm. Expulsé d’U.R.S.S., il s’installe en Allemagne puis en Suisse avant de rejoindre le Vermont (U.S.A.). Après vingt ans d’exil, l’écrivain rentre dans sa patrie en 1994. La Douma l’invite à sa tribune où il s’exprime en octobre 1994.
En juin 2007, le président russe Vladimir Poutine rencontre l’ancien dissident et lui remet le « Prix d’État ».

Quoi que disent et pensent de l’homme les commentateurs mondiaux, n’oublions pas que l’écrivain-historien Alexandre Soljenitsyne était ancré dans la tradition littéraire russe. Il était profondément attaché à sa patrie, à la religion orthodoxe et oeuvrait pour la réconciliation des Russes avec leur passé historique.
La simplicité et l’humanité de son verbe demeurent à jamais grâce à l’émouvant et superbe portrait qu’il fit du peuple russe.
Un court passage de « La maison de Matriona » témoigne de l’admiration qu’il vouait à la femme russe.
« … Et même la bonté et la simplicité de Matriona, que sa belle-sœur lui reconnaissait, elle en parlait avec une compassion méprisante.
Et c’est alors seulement - de ces propos désapprobateurs de sa belle-sœur - que surgit à mes yeux l’image de Matriona, que je n’avais pas comprise, même en vivant à ses côtés.
(…) Elle se moquait bien de montrer sa maison… Elle ne s’éreintait pas pour s’acheter des robes et ensuite les garder plus précieusement que sa propre vie.
Elle ne courait pas après les atours. Après les vêtements qui ornent les laids et les malfaisants.
Incomprise, abandonnée même de son mari, ayant enterré six enfants mais non son naturel sociable, étrangère pour ses sœurs, ses belles-sœurs, ridicule, travaillant stupidement gratis pour les autres - elle n’avait pas accumulé d’avoir pour le jour de sa mort. Une chèvre blanc sale, un chat bancal, des ficus…
Et nous tous qui vivions à ses côtés, n’avions pas compris qu’elle était ce juste dont parle le proverbe et sans lequel il n’est village qui ne tienne.
Ni ville.
Ni notre terre entière. »
Laurence Catinot Crost.
Source Article "Le Monde de l'Art et des Lettres. 2008






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